Au fil de ma TL je suis tombée cette semaine sur un billet du blog A girl called Jack. Ce billet a fait écho à une question que j'ai entendu plein de fois, et qui m'irrite beaucoup, même en tant qu'hétéro. Cette question que Gad Elmaleh a trouvé futée et suffisamment fine pour la poster sur twitter (oui bon, en 2012, mais quand même) :
Pourquoi y a pas une grande parade des heterosexuels chaque année a Paris.
— Gad Elmaleh (@gadelmaleh) July 29, 2012
Culotté ouais.
"« Elle est où la Hétéro Pride ? Pourquoi les homos
ont-ils droit à un jour spécial ? C’est pas juste ! »
Si on me donnait un euro à chaque fois qu’on me pose cette
question, eh bien, j’aurais quelques euros.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir marcher dans la rue en tenant
la main de ta moitié sans être alpagué-e par les groupes d'ados qui
traînent en bas des immeubles.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir entrer dans un club ou un bar
sans se faire menacer, sans que les hommes ne vous dévisagent en enveloppant leurs
femmes de leurs bras protecteurs. (Parce que les lesbiennes kiffent sur TOUTES
les femmes, vous savez ? Surtout celles qui flanquées de grands
copains en manque de confiance. Challenge, hein.)
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir cocher la case « hétéro »
sur un formulaire sur l’égalité et la diversité au travail sans se demander qui
pourrait le lire, et quelles seraient leurs vues à propos de votre sexualité.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir embrasser qui vous avez envie
d’embrasser, où que vous soyez, sans y penser ni lancer un regard furtif autour
de vous ensuite pour savoir qui vous a peut-être aperçu-e-s.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir échanger des bagues et des
vœux et s’engager à vie sans avoir à se contenter d’un ‘partenariat’ de seconde
zone et presque business, quand ce que vous voulez vraiment est un mariage.
L’Hétéro Pride, c’est quand votre père obtient un MBE, vous autorisant donc à vous marier aux abbayes de St Paul ou Westminster… mais que
vous ne pouvez pas en profiter parce qu’ils ne vous laisseront pas épouser une
femme là-dedans.
L’Hétéro Pride, c’est quand des étrangers ne vous demandent
pas si vous êtes ‘hétéro’ – parce que votre vie sexuelle ne les regarde pas.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir dire « non » à un
homme sans qu’il te réponde « je pourrais te détourner » - comme si
ta sexualité était complètement malléable ; quelle gourde d’avoir pu croire que
tu ne pourrais pas la changer.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir vivre sa vie sans la peur d'être harcelé-e, persécuté-e ou rejeté-e.
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à sortir du placard
devant ses amis, sa famille, ses collègues et des étrangers perpétuellement.
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à mentir, mâchoires
serrées, à propos de sa vie amoureuse pour se la simplifier.
L’Hétéro Pride, c’est ne jamais avoir à se demander si son
fils sera harcelé à l’école parce que sa maman est lesbienne.
L’Hétéro Pride, c’est ne jamais avoir à la fermer quand
votre collègue - femme hétéro - organise ouvertement des soirées clubbing mais ne
vous y invite pas, parce qu’elle n'est pas sûre de savoir « où votre
genre traîne ».
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à traverser une foule de
manifestants brandissant le message « DIEU HAIT LES
PÉDÉS », d’hommes et de femmes qui vous hurlent au visage, pour pouvoir assister à
une conférence de Stonewall.
L’Hétéro Pride n’a jamais été désinvitée d’un mariage pour
le motif d’avoir voulu s’y rendre avec son ou sa partenaire.
Personne n’a jamais été battu à mort pour un look un peu
trop hétéro, ou subi un viol correctionnel pour être tombée amoureux-se du
genre opposé.
J’ai été agressée dans un bar à Southend il y a quelques
années. Mes cheveux étaient rasés. L’ironie de la situation a fait qu’on m’a
prise pour un homme gay. Apparemment, pour le skin bourré qui se tenait à ma
droite lorsque je suis entrée dans le bar, c’était la seule justification
nécessaire au fait de me frapper et de me dire que « les putains de pédés
sont pas bienvenus ici ».
On m’a dit que j’étais « trop jolie pour être
gay », perpétuant les mythes blessants et insultants que toutes les
lesbiennes sont une sorte de groupe de rejetées qui ne sont gay que par choix,
parce qu’ « aucun homme n’en voudrait ».
L’hétéro Pride est acquise, chaque jour. Elle est invisible,
ne choque pas, et perpétue silencieusement les normes quotidiennes.
Ce sont justement la fierté et les privilèges hétéros qui
posent la question belligérante : Pourquoi les gays ont-ils leur propre marche ?
Je suis reconnaissante du fait que, après des campagnes
incessantes et une modification graduelle des comportements, je grandisse dans
une génération ou je PEUX tenir la main d’une femme en public, me couper les
cheveux courts et sortir du placard devant des milliers de personnes aussi
rapidement que je peux appuyer sur le bouton ‘publier’.
Pour reprendre la citation de Martin Luther King : j’ai un
rêve, celui qu’un jour un homme ne sera pas jugé pour qui il aime, mais pour
qui il est.
J’ai tenté ce truc, de sauver les apparences, j’avais des
amis hommes proches pour m’accompagner en soirée parce que je ne voulais pas
être plus regardée que la mariée ou «causer un scandale».
Ce n’était pas censé être un post de coming out – mais je
suis fatiguée d’avoir à réprimer un sourire quand un journaliste me demande si
j’ai un copain. Et si je perds des fans ou des lecteurs parce que je suis
sortie sans cérémonies du placard, eh bien ainsi soit-il. Ça aurait fini par
sortir un jour de toutes manières.
Et avec ma coupe courte, mes manches tatouées, les boots
Magnum, la bague que je porte au pouce et l'absence perpétuelle de mec – je ne suis pas
exactement un stéréotype, mais je suis une fille prénommée Jack. Gay et fière.
Joyeuse journée des fiertés à tou-te-s. Continuez
d’apprécier votre Hétéro Pride les prochains 364 jours de l’année, mais
celle-ci est pour nous.
Jack Monroe.
Twitter : @msjackmonroe"
Twitter : @msjackmonroe"

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