Mais ça faisait un moment que j’avais envie de poser ma réflexion à ce sujet sur papier (enfin écran), et je remercie donc ce bloggeur présomptueux de m’en donner l’occasion. Un ramassis de conneries aussi massif ne peut pas rester dans l’ombre, non non, je vous en fais profiter, le partage c’est important !
On y va ?
Euh, alors déjà, non. Je n’ai jamais comparé la taille de mes
lèvres avec celles d’une copine (pas depuis ma puberté du moins, quand je me
demandais si c’était normal et si j’étais la seule à développer des extensions
de chair), le clitoris n’est pas vecteur de puissance ni d’invalidité, personne
ne dessine de vulve sur les murs (mais on y travaille) et aucune femme n’a jamais menacé qui que ce soit avec son organe génital.
Je note par ailleurs que dans ce texte, l’homme s’adresse à l’homme ; ça
promet. Poursuivons.
C’est un raisonnement un peu binaire mais merci de ta
condescendance, on apprécie. < 3
![]() | |
| Ce dessin vous est offert avec grâce, douceur et féminité. |
Trop aimable. Par contre pour « la montée en puissance
des femmes en tant que décideuses », on repassera. Oui, on trouve
désormais des femmes dans des domaines d’activités longtemps réservés aux
hommes, mais je rappelle quand même qu’en France, les femmes n’ont le droit de
voter que depuis 50 ans, que les hommes gagnent en moyenne 31% de plus que les
femmes (tous temps de travail confondus) et que les femmes restent minoritaires
en politique, tandis que les hommes sont plus que majoritaires du côté des
dirigeants d’entreprises. AH LA LA C’EST UNE SPECTACULAIRE MONTÉE EN PUISSANCE
MONSIEUR MONFORT !
On devrait apprendre à se contenter de ce qu’on a, c’est
vrai, la pression autour de ce sujet est omniprésente, la bien pensance nous
envahit, poil au kiki.
Et avec brio.
On a hâte de le savoir après une introduction aussi réussie.
Non, ce n’est pas tant l’homme que la société qui est
visée en fait. La pilosité s’intègre dans les constructions sociales, Mr
Poireau (le nom est bien senti, tiens). Les « post adolescentes
2013 » ont beau grandir dans un monde où quelques femmes siègent à
l’Assemblée, il n’en reste pas moins qu’elles sont conditionnées dès le plus
jeune âge, entre autres, à la traque de leur pilosité disgracieuse. On nous
apprend à internaliser ce dégoût, qui n’en résulte ni plus ni moins à une
modification corporelle. Ce n’est pas être stupide que de ne pas le voir, il se
trouve que ça ne saute pas aux yeux. Le féminisme ne prône pas l’intelligence
innée des femmes qui deviendraient des êtres supérieurs capables dès la
naissance de comprendre TOUTES les constructions sociales qui les concernent.
Le féminisme défend le libre arbitre et la non manipulation des corps et des esprits
(et évidemment bien d’autres choses mais ce n’est pas le sujet ; si vous
voulez une liste, faites une recherche.) Le corps lisse et imberbe de la femme
a été démocratisé comme une norme, et l’on considère comme anormale une femme
qui n’épile pas ses aisselles, ses jambes ou son pubis. Chez l’homme, on
observera le phénomène inverse : sa pilosité sera valorisée, tandis que
son absence de poils caractérisera aux yeux des autres un défaut de maturité ou
de virilité.
Donc non, il n’est pas tellement question de
« diktat masculin » - ne vous donnez pas tant d’importance Maître
Zgeg, et séchez donc vos larmes - mais de diktat d’une société portée par des
hommes. Ce qui suppose qu’au lieu de voir plein d’hommes imposer
individuellement l’épilation, on subit l’omniprésence d’un principe général
intégré et massivement relayé.
Ah bah je veux bien, mais j’ai peur d’être déçue.
Ce dernier paragraphe est empreint d’une débilité telle que
je ne sais même pas par où commencer.
Allez, la revendication de genre. La fâââââme qui se
revendique en tant que fâââââme se doit donc de le faire en suivant des
critères imposés par la société patriarcale et/ou les personnes qu’elles
fréquenteront. Really ?
En ce qui me concerne, mon sentiment d’injustice face au diktat de l’imberbe ne date pas d’hier. Je l’ai toujours pris pour acquis : « tu es une femme donc tes poils sont disgracieux, on se moquera de toi si tu en arbores le moindre millimètre parce que c’est honteux, cache donc ce tout petit cheveu que je ne saurai voir, espèce de grosse dégueulasse.» J’extrapole volontairement quand je parle de pilosité, parce qu’on ne peut pas parler d'épilation pubienne et omettre de mentionner les autres zones quand ça nous arrange. Pas quand on essaye de raconter que ça n’a rien à voir avec la domination masculine ou le sexisme. Je suis brune, et une partie de ma famille est orientale, autant vous dire qu’on doit s’épiler souvent si on décide de se faire toute lisse. Mon choix de m’épiler ou non (oui, je varie, tantôt ours, tantôt lavabo) est en lien direct avec ce que la société m’impose et le shaming dont je pourrais être la cible. Quand je choisis de m’épiler, je le fais parce que je veux que ce soit joli, parce que j’ai appris que c’était ça, « le joli ». Parfois juste parce que je voudrais que ce soit doux si je sais qu’on on va me toucher les jambes (et plus si affinités, hinhin). Certainement pas parce que ça m’éclate de raquer quarante balles et de perdre une heure de mon temps, ni parce qu’à force j’aurais développé une passion fétichiste pour la cire brûlante et la douleur de l’arrachage.
La conclusion de ces quelques lignes de réflexion de comptoirs revient à dire que l’épilation intégrale, c’est la féminité assumée, brandie comme étendard de notre force, sans un seul poil au radar. Quelle surprise. Quelle subversion. Quelle grosse connerie. Merci de perpétuer le mythe de la liberté totale et de choix arbitraire au sujet de l’épilation. Merci de nous dire d’être fières de nos vulves et de bien les montrer (à qui, tiens ?). Merci enfin de garder vos fantasmes dans vos têtes.
C’est pas tous les jours que j’invoque la nature, mais là-dessus elle marque un point sur lequel je vous inviterai à réfléchir : si la puberté fait apparaître les poils des femmes en même temps que leurs seins et leurs hanches, en quoi peut-on établir que les uns sont incontestablement des atouts féminins et les autres une entrave ingrate à la féminité ?
Vous avez quatre heures.
Lire aussi :






